Culture

Tombouctou : ville résistante qui traverse l’histoire

 

Mali, pays de l’Afrique de l’Ouest, ancienne colonie française, riche de par son histoire, riche de par sa culture, riche des grands rois qui l’ont dirigé, compte plusieurs sites classés patrimoine mondial de l’UNESCO. Du Pays Dogon en passant par Djenné, le tombeau des Askia à Gao, Tombouctou, ces sites retracent l’histoire des premiers habitants de ce pays, leurs origines, leurs vécus… ils replongent le touriste ou le Malien dans un passé qui refuse de s’en aller. Et quel site mieux que Tombouctou, riche de son histoire peut tenir ce rôle ? Tombouctou, se dresse fort au nord du Mali, luttant contre tout ce qui le menace pour rester fidèle à son identité.

Nic Bothma/EPA
« La particularité de Tombouctou, c’est de se trouver entre le fleuve et le désert. C’est aussi le style architectural avec ses maisons en Banco, ce qui en fait une ville en terre ou en sable » Cliquez pour tweeter

Quand il aborde la question de ce qui distingue Tombouctou, Boubacar Sadek, Acteur culturel Malien, laisse tomber ces mots avec fierté. Tombouctou, située dans le Nord du Mali, est l’une des principales villes du pays. Elle a été fondée par les Touaregs Imagcharen au 14ème siècle selon l’histoire. La ville a été classée patrimoine mondiale de l’UNESCO en 1988 à cause de ses trois grandes mosquées et de ses nombreux mausolées.

Dans sa description de la ville, l’UNESCO dit : « dotée de la prestigieuse université coranique de Sankoré et d’autres medersa, Tombouctou était aux XVe et XVIe siècles une capitale intellectuelle et spirituelle et un centre de propagation de l’islam en Afrique. Ses trois grandes mosquées (Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia) témoignent de son âge d’or. »

L’histoire de l’âge d’or 

Tombouctou serait, selon la légende, le « puits de Bouctou », vieille femme targui installée au XIIe siècle dans la « bosse de chameau », boucle formée par le fleuve Niger. Cliquez pour tweeter

 Idéalement située entre l’Afrique saharienne, arabo-berbère, et l’Afrique soudanaise, la ville se développe considérablement sous Kanga (ou Mansa) Moussa qui règne sur l’empire du Mali au XIVe siècle. Ce roi très pieux, est à l’origine de la construction de la plus grande mosquée de Tombouctou, celle de Djinguareyber. Selon les documents rapportés par le site d’histoire « hérodote.net », après avoir été dominée par les Touaregs (XIVe siècle), la cité marchande se place sous la protection de l’empire songhaï et multiplie les échanges avec les grands centres commerciaux au point de regorger au XVe siècle d’articles de luxe venus de Venise ou d’Orient. Mais c’est surtout en profitant du développement qui a lieu au Soudan au XVe siècle, concomitant à notre « Renaissance », qu’elle devient « la Perle noire du désert ».

(C) François Xavier Marit/AFP/Getty Images

Le site explique qu’après son pélérinage, le Roi profita de son voyage pour se constituer une véritable cour d’érudits qu’il installa à Tombouctou. Cette politique de mécénat fut poursuivie par ses successeurs jusqu’au XVe siècle qui constitue l’âge d’or de la vie intellectuelle dans la région : attirés par la politique de mécénat d’Askia Mohammed, les savants maures chassés d’Espagne tout comme les intellectuels marocains n’hésitent pas à venir s’installer dans la boucle du Niger tandis que les échanges se multiplient avec les grandes universités étrangères, comme Le Caire ou Damas.

Devenue centre international de la pensée, Tombouctou voit le nombre de ses écoles exploser, au point d’accueillir dans ses 180 établissements près de 20 000 étudiants pour 80 000 habitants. L’enseignement, en arabe, porte en premier lieu sur les textes religieux mais aussi sur bien d’autres matières : linguistique, littérature, philosophie grecque, droit… La médecine est aussi à l’honneur, en particulier la chirurgie des yeux. Dans ce haut lieu de la culture islamique, les manuscrits qui circulent se comptent alors en milliers. Mais les choses se dégradent très vite. Le sultan Al Mansour du Maroc, s’inquiétant des visées de Charles Quint et des Turcs d’Algérie sur son royaume, dirige ses regards vers le sud. À la fin du XVIe siècle, après la bataille de Tondibi, Tombouctou est mise à sac par les mercenaires espagnols et ses savants sont déportés au Maroc. La ville entre dans un long sommeil.

En 1828, l’explorateur français René Caillié découvre Tombouctou (Mali), une cité interdite aux chrétiens, sur les bords du Niger. Il est l’un des premiers Européens à pénétrer en Afrique occidentale par voie terrestre, en se faisant passer pour un Egyptien. Il montre que Tombouctou n’est pas la cité riche que l’on imagine, mais que les sociétés du moyen Niger sont des royaumes historiques à part entière. Il déserte vite de la cité. La ville aux « 333 saints » subira après cela la période précoloniale avant de devenir indépendant en Septembre 1960 grâce à l’accession de son pays le Mali à l’indépendance.

Tombouctou, une riche culture

Tombouctou, selon les informations, est célèbre pour ses monuments à l’architecture originale. Essentiellement des mosquées et des mausolées qui entretiennent le souvenir d’hommes pieux et valent à la ville son surnom de « ville aux 333 saints ». Pas de marbre ou de pierre dans les rues. Tombouctou est une cité de terre crue. Elle est bâtie selon la technique de l’adobe (ou banco), qui emploie des briques de terre moulée et séchée disposées autour de poutres en palmier constituant l’ossature. Très fragiles, ces monuments sont, chaque année, à une date précise, consolidés par les habitants sous la direction de l’imam. On peut voir sur les parois des mosquées les bouts de bois permettant d’accéder aux parois lors de ces journées au rôle à la fois religieux, patrimonial et social.

(C) François Xavier Marit/AFP/Getty Images

Parmi ses richesses, on compte la mosquée de Djinguereber (ou Djingareyber), la mosquée de Sankoré, la mosquée de Sidi Yaya, de nombreux mausolées mais aussi les manuscrits. En effet, on estime que plus de 100 000 manuscrits, dont certains du XIIe siècle, sont conservés à Tombouctou dans le Centre de documentation et de recherche Ahmed-Baba, fondé en 1970, mais surtout au sein même des familles. Ces manuscrits sont conservés depuis des siècles comme des secrets de famille. Ils sont pour la plupart écrits en arabe ou en peulh, par des savants originaires de l’ancien empire du Mali et contiennent un savoir didactique notamment dans les domaines de l’astronomie, de la musique, de la botanique. Ils sont aujourd’hui sous la menace d’être détruits.

Une ville menacée

Tombouctou subit depuis quelques années plusieurs menaces. La ville a été même placée entre temps sur la liste de Patrimoine Mondial en péril. Cliquez pour tweeter

En effet, Le 1er avril 2012, Tombouctou et sa région, à l’instar des autres grandes cités du Nord Mali (région de Kidal et région de Gao), tombait aux mains du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). Plusieurs lieux saints et des mausolées ont été détruits. Des partisants d’d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), appuyés par (le groupe armé islamiste) Ansar Dine, ont détruit le mausolée du saint Sidi (Mahmoud Ben) Amar. Ils ont brûlé le mausolée.

 

A cela, s’ajoute aussi l’avancée du désert qui risque de faire disparaitre la ville. Le désert gagne 6mètres par an selon les informations. Boubacar Sadek nous explique que « l’avancée du désert est réelle et doit être pris au sérieux ». Il suggère comme solution la fixation des dunes mais aussi la création d’un rideau d’arbres.

Des suggestions qui devront être approfondies pour faire garder à Tombouctou son authenticité, son intégrité. Parce que comme Boubacar Sadek, nombres de Maliens, d’Africains espèrent que ces menaces finiront par disparaître comme les autres qu’avait connues la ville. Et surtout qu’ils auront encore le plaisir de voir Tombouctou être une ville calme, apaisée, riche, animée ou il fait bon de vivre.

Sources :

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Houéfa

Journaliste-reporter, Passionnée des questions de décentralisation, de gouvernance locale et de développement local.

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