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Le port des perles en Afrique, une pratique au delà de l’esthétique

En Occident, la séduction s’exprime en lingerie. En Afrique, elle se matérialise sous forme de perles. Baya, affleman, odjè, ilèkè idi…, nombreux sont les appellatifs qui permettent de désigner ces petits colliers de hanche. Coloré, fin ou gros, le port des perles est une habitude ancestrale que l’on ne présente plus. Dès son plus jeune âge, la fille en est parée. Parmi ses rôles, les perles peuvent également servir de soutien au pagne en période menstruel.

Le rôle des perles dans la pratique quotidienne

Selon l’usage, les perles ont de nombreux effets. Dans la culture populaire africaine, elles aident les bébés à supporter le passage de la pousse de dents. On y associe un petit bijou fait en peau d’animal dans certaines régions du continent. Avec l’intégration des religions d’origine européenne, les perles seront agrémentées de petits médaillons religieux que les petites filles porteront partout. Idéales pour former très tôt les célèbres courbes africaines ou tout simplement pour guérir certains maux, les perles restent cet accessoire que reines et même rois du continent africain ont porté.

Au marché Dantokpa, Cotonou

Cependant, une croyance persiste et demeure : celle de l’arme ultime de séduction. Aux dires des intéressées, elles ont le pouvoir de rendre fou un homme. De ce fait, elles ont des noms très évocateurs et se déclinent en divers modèles. C’est ainsi qu’on trouvera par exemple au Bénin des perles dénommées  « djènanan », ou encore « haute tension ».

Les perles et leur magnétisme

Si la plupart sont faites de plastique, d’ivoire ou de coquillages, d’autres peuvent être en verre ou en cristal. Choisir ses perles ne dépend que du goût de la consommatrice. Certaines ont une préférence pour celles qui émettent des sons quand elles marchent. Ces bruits, loin d’être innocents, ont pour objectif d’attirer l’attention de la gent masculine. D’autres perles ont le pouvoir de s’illuminer dans l’obscurité. Ce sont les fameuses « djènanan ». Toutes aussi tentantes, elles sont une ode à la séduction. Selon les avis des quelques hommes que nous avons interrogés, les perles ont un effet très suggestif. Entendre ou apercevoir ces bijoux de hanche, c’est imaginer la cambrure de la femme qui les porte, se représenter mentalement ses formes et par extension donner libre cours à ses fantasmes.

Selon les peuples et les coutumes, ces accessoires ont une signification particulière. Dans les foyers sénégalais, elles ont une présence très forte et constituent l’arsenal d’ensorcellement de la jeune femme lors de sa nuit de noces ou encore de la jeune mariée pour maintenir l’harmonie dans son couple. Connu pour être un bijou intime, son accès n’est réservé qu’au(x) chanceux qui partage(nt) la vie privée de cette femme. Ce geste de beauté chargé de sensualité prend des proportions énormes lorsqu’il est conçu pour envoûter. Dans certains cercles très fermés, il est possible d’obtenir des perles aux pouvoirs magiques. On peut s’en procurer auprès de quelques rares femmes âgées, ou en provenance de l’Asie. Toutefois, si celles-ci sont surtout appréciées pour leur caractère enchanteur, il faut notifier qu’elles sont aussi arborées dans un objectif curatif ou de protection.

Perles destinées au traitement des inflammations vulvaires ou “atita”

Au Nigéria, par exemple, les perles renseignent non seulement sur le royaume d’un individu, mais sont également des accessoires anti-sorts à l’égard des personnes malintentionnées. On raconte que des perles de hanche qui se brisent sans aucune explication logique, sont synonyme de mauvais présages pour la femme qui les porte.

Le port des perles au Bénin

Au Bénin, les perles persistent toujours dans les habitudes vestimentaires. En effet, un vieux dicton fon qui lui est associé permet de qualifier l’adultère. Ainsi, lorsqu’une femme se laisse compter ses perles par un homme autre que son mari, il est question d’infidélité. Considérées comme un prélude à l’acte sexuel, les perles sont désormais peu prises en compte par les hommes de la nouvelle génération pressés de conclure leurs ébats. Néanmoins, elles refont régulièrement leur apparition sur les corps féminins. Certaines amatrices de perles en font même un canal de communication. D’après nos recherches, nous constatons que porter un nombre impair de perles en tour de hanche revient à manifester sa déception à l’égard de son amant.

Vendeuse de perles au marché de Dantokpa, au Bénin.

Sur le plan économique, le secteur des perles semble avoir connu un certain déclin. Très présent il y a des années, on n’assiste aujourd’hui qu’à quelques étalages dans le grand marché de Dantokpa. Toutefois, il pourrait subsister dans les autres contrées du pays. Elles ne coûtent pas grand-chose. Il faut en moyenne 500 francs CFA (moins d’un euro) pour s’offrir de belles perles que l’on désire porter. Il revient à chaque consommatrice de les combiner à sa guise. Quel que soit l’usage que vous envisagez d’en faire, les vendeuses seront vos meilleures guides. Au-delà de toutes ces considérations, on retient que les perles ont une valeur culturelle importante sur le continent.

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