Histoire

Agongointo ou le génie de nos ancêtres

Un village souterrain dans le centre du Bénin

Situé dans le département du Zou au Bénin, Bohicon est à 115 km de la Capitale économique du pays, Cotonou. Un tour dans cette ville carrefour et le visiteur est séduit par la diversité des ethnies même si le Fon reste dominant. Mais l’une des plus grandes attractions de cette ville située à environ 9 km de la capitale historique Abomey, reste le village souterrain d’Agongointo. Zoom sur ce village qui révèle l’ingéniosité dont faisaient déjà preuve les anciens rois du Danxome !

7 hectares de superficie, 45 minutes de visite… Pour le visiteur, ce site qui de loin paraît vide, représente, cependant, le témoin d’une grande partie de l’histoire des rois d’Abomey.

Découverte du village d’Agongointo

Le site est découvert en 1998 lors des travaux de construction de la route de contournement de Bohicon effectués sur financement de l’Agence Danoise de Coopération au Développement International (DANIDA). Les fouilles archéologiques ont dénombré 52 maisons souterraines communément appelées « Ahouandô » (« trou de la guerre » en fongbè, une des langues locales du Bénin).

Constituées en série de caves du genre bunker allemand, faites de sol ferrugineux tropicaux et présentant des formes géométriques différentes, ces maisons souterraines sont situées à 10 mètres environ sous-terre. Ces caves ont été aménagées à la lumière de plans précis pour servir d’habitation (salons, chambres à coucher, cuisines, puits, etc…) et de refuge aux guerriers. Selon l’histoire, elles ont été construites depuis le 16éme siècle sous le règne du Roi DAKODONOU (deuxième Roi d’Abomey). On dénote dans ces constructions souterraines une température et une odeur normales ainsi qu’une propreté des lieux.

L’histoire de ces abris de refuge

Ces abris étaient utilisés par les guerriers qui s’y cachaient pour laisser passer leurs attaquants avant de les surprendre. Pour y accéder, il faut passer par de petits trous circulaires d’environ un mètre de diamètre dissimulés dans une grande végétation. La protection des entrées est assurée par de la végétation sauvage et des herbes de camouflage. Des plantes épineuses étaient aussi plantées tout autour des entrées. Une mesure à double impact. La première, éviter l’accès des animaux sauvages aux trous. Secundo, les adversaires qui n’ont pas une grande connaissance du terrain se voyaient obligés de les contourner avant de se faire assommer par les combattants du Danhomey. Camouflage oblige, on y accède par des emmarchements. Ce qui impose agilité, intelligence et efforts physiques intenses.

Dans son article paru sur le site thisisafrica.me, le Journaliste Josué Fortuné Mèhouénou explique, selon les informations qu’il a recueillies, que « Agongointo était une sorte de dispositif singulier dont on ne faisait usage qu’en cas de guerre majeure ou de grande menace sur le royaume. Pour faciliter le déploiement de la stratégie, les guerriers sont logés dans les villages qui ceinturent le site. Des encoches sont utilisées pour accéder aux trous et au-delà de deux mètres, on se laisse tomber, ce qui permet de lancer l’alerte. Ceux qui sont à l’intérieur se rendent compte de l’arrivée de nouvelles personnes. Mais lorsqu’un individu y accède par erreur, il est systématiquement éliminé pour que le secret du lieu ne soit divulgué. »

Selon les guides du site, pour construire ces abris, les concepteurs ont tenu compte de certaines techniques, notamment dans le domaine de la géologie, qui leur permettaient de maîtriser des sols durs et compacts, composés de fer et d’argile, donc de l’argile ferralitique. Il faut aussi maîtriser la géométrie, car l’entrée des abris est sous forme circulaire et l’intérieur est séparé en compartiments. La troisième technique qui a été maîtrisée est la répartition des charges. Ils ont adopté une forme de voûte et au lieu que les charges atteignent les assises, elles sont réparties. Les maisons sont sans fer ni ciment.

Un soin particulier a été mis sur l’isolation acoustique, afin que les conversations à l’intérieur ne soient point perceptibles à l’extérieur. L’hydraulique a été également maîtrisée, puisqu’il y a de l’eau dans les chambres secondaires. L’eau de ruissèlement est conduite par des palettes pour aller dans les compartiments pour permettre d’avoir de l’eau de consommation comportant un ajout de fer. Comme il n’y avait pas d’électricité au XVIe siècle, les abris sont construits de façon à recevoir la lumière du soleil.

L’alimentation des occupants était faite de céréales grillées dans les villages alentours pour alléger le poids et surtout pour une meilleure conservation. Et pour ne pas se faire repérer, les occupants ne prenaient pas le risque d’y faire du feu. Les abris n’étant utilisés qu’en cas de menaces, le roi sonne la mobilisation des guerriers qui vivent habillement dans les villages en cas d’alerte.

Les autres atouts du site

Le village souterrain d’Agongointo, ce n’est pas seulement les maisons souterraines, c’est aussi le lieu où l’histoire et la culture « Vodoun » se côtoient. Les habitants du site étant dans le temps des adeptes de cette religion, on trouve encore des temples de différentes divinités présentes sur le lieu. Cela implique parfois des interdictions faites aux visiteurs. La visite de la maison est interdite à tous ceux qui portent des vêtements ou des objets de couleur rouge. Une des maisons souterraines porte également un Totem, qu’il vous sera demandé de respecter.

Sur le site, On traverse quelques salles d’exposition sur les objets de la vie quotidienne, retrouvés dans les maisons souterraines. Les jarres aux formes différentes servaient à boucher des tombes souterraines. Il y a aussi le jardin botanique où différentes plantes et leurs vertus sont présentées aux visiteurs. Le jardin aux papillons constitue aussi une véritable attraction où il est facile de repérer une diversité de papillons.

Sources :

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Houéfa

Journaliste-reporter, Passionnée des questions de décentralisation, de gouvernance locale et de développement local.

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