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Adjogan : un art à l’épreuve du temps

Dans la multitude des danses du patrimoine endogène béninois s’illustre le Adjogan. A l’origine exécutée dans les palais royaux de la cité des Aïnonvi (Porto- Novo ou Hogbonou), cette danse s’exporta à la cour d’Abomey. Elle est donc propre à l’aire culturelle Adja-Tado. Si à l’époque actuelle, la transmission de la danse Adjogan se perd, cette dernière n’en demeure pas moins estimée par les amoureux de la tradition.

La danse Adjogan fut initiée par le roi Dê Messé (1752-1757). Elle est exécutée à la Cour royale de Porto-Novo à des occasions spécifiques : réjouissances, cérémonies funéraires, intronisation, rites de veuvage. Elle est exclusivement pratiquée par des femmes remplissant certains critères. Ces dernières doivent en effet être des descendantes de familles royales, être d’une excellente moralité, être veuves et formées par la doyenne d’âge des princesses.

Les femmes de la cour royale de Porto-Novo exécutant le rythme Adjogan
Les femmes de la cour royale de Porto-Novo exécutant le rythme Adjogan, (C) Le Centre Arts et Cultures

Une danse princière ne saurait s’exécuter sans l’habillement conséquent. Pour l’occasion, les femmes concernées se drapent de deux pages. Le premier, de couleur noire est un hommage aux pratiquantes disparues, le second est de choix libre. Les plus belles parures sont aussi de sortie pour rendre la danse plus gracieuse.

Le principal instrument du Adjogan est le “Allohoun”, une canne métallique d’environ un mètre de long, constitué d’un axe en fer garni de disques et d’anneaux en cuivre. Cette canne est agitée manuellement de manière synchronisée et produit un tintement particulier. Le mouvement est cadencé et est accompagnée de gongs et grelots. Avant toute exécution de la danse, le doit être consulté. En cas de mauvais présage, on procède à des sacrifices propitiatoires (vo sisa).

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La danse Adjogan se transmet par une initiation à la Cour. Malheureusement, le modernisme ambiant en a progressivement raison. Les familles aristocratiques dépositaires de cette tradition ancestrale n’ont plus le prestige d’antan. La pratique relève alors aujourd’hui au mieux du folklore.

(C) African Culture Connection

La récupération par le clergé à l’occasion de certaines fêtes catholiques lui assure plus ou moins une seconde vie. En attendant son inscription à la liste du patrimoine mondial et la mise en place d’un conservatoire des danses traditionnelles, le rythme Adjogan gagnerait à être popularisé via les canaux médiatiques.

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Djidé Bankole

Béninois, Archiviste-documentaliste sorti de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature. Passionné d’histoire, de livres et de musique.

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